Déclaration officielle: L’ILSJ DEMANDE AUX AUTORITÉS AZERBAIDJANESES DE METTRE FIN À TOUTE RESTRICTION ILLÉGALE DE LA LIBERTÉ D’EXPRESSION SOUS LE PRÉTEXTE DES MESURES DE SÉCURITÉ CONTRE LA PANDÉMIE COVID-19

April 25th, 2020

L’Institut pour la liberté et la sécurité des journalistes (ILSJ) condamne les autorités azerbaïdjanaises pour avoir lancé une campagne de répression à grande échelle contre les personnes les critiquant et d’avoir restreint la liberté d’expression en prétextant l’aggravation des mesures de sécurité contre la pandémie de COVID-19.

L’ILSJ condamne les tentatives illégales de plus en plus fréquentes des autorités pour restreindre la liberté d’expression en Azerbaïdjan et notamment: la persécution pénale et administrative des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes et des militants politiques ainsi que des citoyens ordinaires; la restriction d’accès à Internet en réduisant la bande passante du trafic national affectant tous les citoyens du pays; les déconnexions ciblées des mobiles et des lignes fixes ainsi que les communications Internet interrompues entre les dirigeants de l’opposition et les journalistes indépendants afin d’isoler les premiers et de mettre fin à tout échange d’informations; les menaces des services spéciaux et des forces de l’ordre contre des représentants indépendants de médias locaux et internationaux, visant à limiter la propagation des critiques et du mécontentement du peuple face à la réponse du gouvernement contre la pandémie (COVID-19) et contre la législation renforcée réglementant la liberté d’expression et d’information.

L’ILSJ estime que toutes les restrictions à la liberté d’expression énumérées ci-dessus sont le résultat des récents appels publics du président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev. Alors que la situation concernant l’épidémie du COVID-19 empire, à la fois dans le monde ainsi qu’en Azerbaïdjan, le Président Aliyev, dans ses discours publics du 10, 19 mars et du 17 avril 2020, a évoqué la nécessité éventuelle d’isoler les membres de l’opposition. Il continue en les qualifiant, ainsi que la société civile, d’ennemis de l’Azerbaïdjan et de la « cinquième colonne » des États étrangers. En outre, le Président n’a pas cessé de harceler les dissidents à l’intérieur du pays; il a également menacé ceux en exil, les qualifiant d ‘«éléments particulièrement dangereux qui doivent être sérieusement combattus». Le Président Aliyev a également critiqué le Conseil de l’Europe et les représentants de ses institutions, qualifiant tous les appels récents au respect des droits de l’homme de «bouts de papier sans valeur» que lui et son gouvernement n’ont pas l’intention d’appliquer. À la suite des annonces du Président, les parlementaires lui ont exprimé leur soutien. La campagne d’incitation à la haine contre les opposants s’est poursuivie sur les médias pro-gouvernementaux agissant comme un catalyseur de la propagande étatique et de désinformation.

L’ILSJ condamne les appels agressifs de la direction du pays ordonnant aux forces de l’ordre azerbaïdjanais de fabriquer des accusations criminelles contre les dissidents. Le 22 mars, Tofig Yagublu, membre éminent de l’opposition et journaliste, a été arrêté pour de fausses charges de hooliganisme. Une semaine plus tard, le 30 mars, le journaliste et militant des droits de l’homme, Elchin Mammad, a été arrêté pour des accusations criminelles encore plus absurdes : de vol. Le 20 avril, le procès le plus court de l’histoire moderne de l’Azerbaïdjan a eu lieu. En l’espace de seulement 45 minutes, à la suite d’un ordre politique, le juge Aydin Karimov a tenu une audience préparatoire, a examiné l’affaire et a condamné le membre de l’opposition, Zamin Salaev, en l’absence de son avocat, à 2 ans et 3 mois de prison pour diffamation et injure contre la police (l’avocat de l’accusé n’a pas pu quitter la capitale pour se rendre en région où le procès a eu lieu, en raison des restrictions de circulation mis en vigueur à cause de l’épidémie de COVID-19).

Outre les poursuites pénales engagées contre les dissidents, les autorités ont mis en arrestation administrative, au cours du mois dernier, 4 journalistes indépendants: Ibragim Vazirova, Mirsahib Rakhiloglu, Natig Isbatov et Ismail Nadirli. Ils étaient accusés d’avoir violé le régime de quarantaine alors qu’en fait ils ne faisaient que leurs devoirs professionnels, de plein droit.

Dans le contexte d’insatisfaction croissante face aux actions et inactions du gouvernement contre l’épidémie de Covid-19, le chef de l’opposition a été de facto assigné à domicile après un appel public du président azerbaïdjanais. Le président du Parti du Front populaire d’Azerbaïdjan, Ali Kerimli, a vu son Internet bloqué et sa couverture de réseau fixe et de téléphonie mobile déconnectée, de sorte qu’il ne puisse pas accorder d’interviews aux médias locaux et internationaux. Les journalistes qui sont venus au domicile d’Ali Kerimli au cours des 10 derniers jours afin de savoir pourquoi celui-ci ne pouvait être joint et interviewer ont été illégalement menacés par les forces de l’ordre azerbaïdjanaises et les services spéciaux. Des représentants de l’agence de presse TURAN et le correspondant azerbaïdjanais de « Voie de l’Amerique », Tapdyg Farhadoglu, ont également subi des pressions de la part des autorités.

Les autorités azerbaïdjanaises ont également intensifié la persécution de leurs opposants actuellement en exil. Selon les informations mises à la disposition de l’ILSJ, les services spéciaux azerbaïdjanais ont menacé avec des actes de représailles les journalistes et défenseurs des droits de l’homme qui utilisent des plateformes comme YouTube pour mener des émissions quotidiennes critiquant sévèrement les autorités. Ceux qui vivent dans les pays d’Europe occidentale ou aux États-Unis reçoivent des menaces de violence physique ou d’enlèvement avec rapatriement en Azerbaïdjan. Rien qu’au cours des dernières années, l’ILSJ a témoigné de plusieurs cas d’extradition illégale de dissidents au gouvernement: au moins 2 cas en Turquie, le journaliste Rauf Mirkadirov et l’ancien député Huseyn Abdullayev, compositeur et auteur de la sensationnelle chanson de protestation «СУСМА» qui a reçu asile politique en Allemagne; 1 cas en Ukraine, le blogueur Elvin Isaev (trois mois avant son extradition, les autorités azerbaïdjanaises ont demandé son extradition de la Russie, d’où il a été contraint de partir pour l’Ukraine); et 1 cas d’enlèvement en Géorgie où le journaliste d’investigation Afgan Muckhtarly a été enlevé dans les rues de Tbilissi puis emmené secrètement et illégalement en Azerbaïdjan. Compte tenu des cas susmentionnés, l’ILSJ estime que les dissidents et les opposants aux autorités azerbaïdjanaises résidant sur les territoires russe, ukrainien, géorgien et turque sont les plus vulnérables et ont besoin de soutien.

Au cours du mois dernier, plus d’une centaine de citoyens ordinaires ont également fait l’objet de menaces et de pressions de la part des autorités pour avoir critiqué la réponse du gouvernement à la pandémie du COVID-19 et à la détérioration de la situation épidémique dans leurs publications en ligne. Plus de 10 affaires administratives ont été ouvertes contre des utilisateurs de réseaux sociaux, certains citoyens ont été mis en détention administrative illégale pendant plusieurs semaines. Par exemple, un habitant de la ville de Shamakh, Ikram Khudiyev, a été condamné à 10 jours d’arrestation administrative pour une vidéo satirique dans laquelle lui et ses enfants ont ridiculisé les autorités azerbaïdjanaises afin de dénoncer la fin des prestations sociales dispensées.

Le cas de punition le plus flagrant lié à la liberté d’expression, lors de l’épidémie du COVID-19, est celui du membre de l’opposition Agil Khumbatov. L’opposant a été illégalement placé dans un asile et contraint de subir un traitement psychologique pour avoir publiquement critiqué le Président Aliyev.

« Tous les faits mentionnés ci-dessus concernant les violations de la liberté d’expression sont des preuves irréfutables de la pression exercée sur les dissidents en Azerbaïdjan, qui est maintenant aggravée par la détérioration de la situation avec l’épidémie de COVID-19 dans le pays et dans la région », a déclaré Emin Huseynov, directeur exécutif de l’ILSJ. « Les réformes politiques annoncées par le Président Aliyev ne sont que des imitations de réformes. Par exemple, les décisions prisent le 23 avril en session plénière par la Cour suprême, d’acquitter les défenseurs Ilgar Mammadov et Rasul Jafarov (anciens prisonniers politiques) après de nombreuses années de litige devant les tribunaux locaux et même devant la Cour européenne des droits de l’homme, ne peuvent être considérés comme un indicateur de la réforme judiciaire. Ces mêmes tribunaux, peuvent aujourd’hui, sur ordre et en moins d’une heure, analyser la plainte d’un fonctionnaire de l’Etat contre un citoyen, le déclarer coupable de diffamation et le condamner à plusieurs années de prison. En outre, la récente grâce accordée aux détenus de plus de 65 ans en raison de la menace potentielle à leur santé n’est pas non plus un acte d’humanité mais une manœuvre par laquelle les autorités ont pu partiellement induire en erreur la communauté internationale, y compris les rapporteurs de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe sur l’Azerbaïdjan. Parmi les personnes libérées des prisons figure le général Akif Chovdarov, ancien chef de la direction du ministère de la Sécurité nationale, dont le nom est largement connu comme l’un des organisateurs du meurtre politique très médiatisé du journaliste Elmar Huseynov. L’instigateur évident de ce crime est l’élite politique actuelle de l’Azerbaïdjan qui l’a ordonné.», résume Emin Huseynov.

Considérant que les autorités n’ont pas officiellement déclaré l’état d’urgence en rapport avec l’épidémie du COVID-19 et qu’un régime spécial de quarantaine ne peut pas être un outil légitime pour restreindre la liberté d’expression, l’ILSJ appelle les autorités azerbaïdjanaises à mettre fin immédiatement à toutes les atteintes à la liberté d’expression susmentionnées et demande la libération immédiate de tous les prisonniers politiques (plus de 120), car leur santé et leur vie sont menacées en raison d’une éventuelle infection au COVID-19.

L’ILSJ estime que les autorités azerbaïdjanaises, représentées par le Président Ilham Aliyev et son épouse, Premier Vice-Président Mehriban Aliyeva, sous le prétexte d’une « vaillante lutte » contre l’épidémie du COVID-19, renforcent délibérément les restrictions contre la liberté d’expression et contre les droits sociopolitiques afin de préparer le prochain référendum antidémocratique pour modifier la Constitution de l’Azerbaïdjan afin d’améliorer le système actuel de gouvernance familiale à leur profit.

L’ILSJ fait appelle aux pays d’Europe occidentale, aux États-Unis et au Canada à surveiller de près la détérioration de la situation des droits fondamentaux de l’homme en Azerbaïdjan en ce contexte de pandémie mondiale de COVID-19 et à mettre en œuvre tous les mécanismes diplomatiques et de droit international possibles pour dissuader les autorités azerbaïdjanaises de réprimer davantage les dissidents à l’intérieur ainsi qu’à l’extérieur du pays.

L’ILSJ fait également appelle au Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, au Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, au Directeur général de l’UNESCO, au Représentant spécial de l’OSCE pour la liberté des médias, au Directeur du BIDDH de l’OSCE, au Secrétaire général du Conseil de l’Europe, au Secrétaire Général de l’OSCE, à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, à l’Assemblée parlementaire de l’OSCE et au Parlement européen, dans le cadre de leurs mandats, à condamner les actions illégales des autorités azerbaïdjanaises, d’exiger que l’Azerbaïdjan respecte strictement les obligations internationales du pays en matière de protection de la liberté d’expression et d’empêcher les autorités locales de restreindre ladite liberté même pendant la pandémie de nouvel coronavirus.