Les médias azerbaïdjanais étant déjà étranglés, maintenant un coup fatal est porté à la liberté d’expression sur Internet

December 22nd, 2017

L’Institut pour la Liberté et la Sécurité des Reporters (ILSR) blâme les autorités azerbaïdjanaises pour les jugements politiquement motivés rendus aux principaux opposants critiques en ligne azerbaïdjanais. Ce sont le populaire blogueur anti-corruption Mehman Huseynov et le directeur de la télévision internet Kanal13 Aziz Orujov. L’organisation exige leur libération immédiate et inconditionnelle.Le 15 décembre, un tribunal de Bakou a condamné Aziz Orujov, détenu depuis le 2 mai, à une peine de six ans d’emprisonnement pour des motifs politiques d’abus de pouvoir. Le même jour, la Cour d’appel a confirmé le verdict contre Mehman Huseynov, président du conseil d’administration de l’ILSR et blogueur anti-corruption. Ce dernier avait été condamné par le tribunal de première instance à 2 ans de prison pour diffamation le 3 mars 2017.
“Les condamnations à caractère démonstratif prononcées le même jour par les tribunaux contre les deux représentants les plus éminents de la communauté critique en ligne soulignent l’intention des autorités de renforcer la pression sur l’environnement Internet, en particulier dans la perspective de l’élection présidentielle de 2018” déclare Emin Huseynov, le Directeur de l’ILSR.

“Ayant complètement détruit la télévision et la radio indépendantes et la presse écrite indépendante en 2017, les autorités azerbaïdjanaises ont décidé d’éliminer la dissidence sur l’Internet, car c’est là que la poignée de médias indépendants et d’internautes critiques dans le pays et à l’étranger continuent à défendre les droits de la liberté d’expression, malgré la répression qui s’intensifie progressivement. L’incarcération de Mehman Huseynov et d’Aziz Orujov n’a pas seulement pour but d’affaiblir l’activité de la plate-forme Sancaq Production oeuvrant sur Facebook et Instagram et de Kanal13, une chaîne qui se développe avec succès sur Youtube, mais aussi d’intimider les internautes azerbaïdjanais”, conclut Huseynov.

L’ILSR est alarmé par les premiers cas de fermeture complète des services Internet mobiles et câblés afin d’empêcher la diffusion en direct des meetings de rassemblements de l’opposition qui se sont déroulés les 7 et 28 octobre. Les cas de ralentissement délibéré de la vitesse d’Internet à travers l’Azerbaïdjan ont également augmenté au cours des trois derniers mois. La concordance entre la détérioration de la qualité d’accès à Internet et l’activité accrue des forces principales d’opposition était particulièrement évidente. Avec les nouvelles et anciennes méthodes de blocage du réseau, les autorités ont continué à incarcérer les modérateurs des pages Facebook et Youtube les plus populaires, comme dans le cas de l’arrestation administrative de l’activiste en ligne Namig Sadigli, arrêté plus tôt ce mois-ci.
Quand les autorités sont incapables de persécuter les critiques en ligne vivant en exil, elles ciblent leurs proches parents, comme dans le cas d’Emin Sagiyev, qui a été arrêté sur une fausse accusation de trafic de drogue. Sagiyev est le beau-frère du journaliste Turkel Alisoy, qui est populaire dans le segment azerbaïdjanais de Youtube.
Selon les observations de l’ILSR, la portée des attaques contre les voix critiques s’est étendue non seulement à l’intérieur du pays mais aussi au-delà de ses frontières. Plus précisément, le blogueur Mehman Galandarov, arrêté en février 2017, est mort en prison dans des conditions troubles en avril.
Depuis le début de l’année, les autorités d’Azerbaïdjan ont mis en place une vingtaine de mesures de censure en ligne:

• les sites Web des médias indépendants locaux et internationaux ont été soumis à un blocage extrajudiciaire ;
• des dizaines de professionnels des médias en ligne vivant en Azerbaïdjan ou en exil forcé ont fait l’objet de persécutions légales motivées par des considérations politiques et sans fondement;
• de nouveaux cas de saisie de bureaux accompagnés de confiscation de matériel de tournage et de stockage et suspension des comptes bancaires d’agences produisant des informations indépendantes ont été enregistrés;
• les attaques DDoS sur des sites d’information indépendants et le piratage des comptes des opposants critiques populaires du régime se sont intensifiés;
• le blocage ad-hoc des messageries instantanés en ligne populaires prenant en charge le cryptage de bout en bout;
• des amendements législatifs substantiels resserrant la censure en ligne ont été introduits, la surveillance de masse des utilisateurs et de l’environnement en ligne s’est poursuivie et, en fait, a été considérablement élargie parallèlement aux améliorations de l’infrastructure technique;
• dans un geste révolutionnaire, les autorités se sont lancées dans l’utilisation de l’intelligence artificielle pour semer la peur et la paranoïa parmi les utilisateurs politiquement actifs.

Ainsi, l’armée de trolls embauchés s’est engagée dans la diffusion de la désinformation, de fausses nouvelles et de propagande pro-gouvernementale. Le nombre de menaces anonymes et ouvertes contre les critiques via l’environnement en ligne a aussi augmenté.
L’ILSR observe avec consternation que, sur fond d’attaques du régime autoritaire corrompu en ce qui concerne la liberté d’expression sur Internet, les géants mondiaux des TIC tels que Microsoft, Google et Facebook investissent dans l’infrastructure informatique de l’Azerbaïdjan. Ils placent leurs serveurs régionaux dans le pays sur la base des centres de données dont les bénéficiaires ultimes sont des fonctionnaires corrompus de haut niveau ou leurs proches parents.
En établissant les entreprises communes dans le pays où les deux fournisseurs de dorsale, les trois opérateurs mobiles et les plus grands centres de données appartiennent aux parents et aux amis proches du président azerbaïdjanais, les géants des TIC du monde entier contribuent indirectement à l’enrichissement illégal des fonctionnaires corrompus qui violent systématiquement les droits de l’homme fondamentaux. Ils enfreignent aussi bien les accords internationaux de lutte contre la corruption que la législation des principaux pays occidentaux où se trouvent leurs propres sièges.
Compte tenu de la suppression continue des libertés numériques en Azerbaïdjan, l’ILSR appelle les investisseurs privés à reconsidérer leurs projets visant à renforcer leur présence dans l’industrie des TIC en Azerbaïdjan. Dans un premier temps, l’organisation leur demande de s’abstenir de placer leurs serveurs sur le territoire du pays.
L’ILSR encourage les institutions financières internationales à adopter une approche similaire et à ne pas fournir de soutien financier aux projets TIC liés de quelque manière que ce soit à l’élite dirigeante de l’Azerbaïdjan.
L’ILSR appelle tous les Etats membres de l’ONU, l’OSCE et le Conseil de l’Europe attachés à la protection des libertés numériques à exercer une pression maximale sur les autorités et à exiger qu’elles mettent fin à la répression contre les voix critiques. L’ILSR appelle en outre à imposer des sanctions sectorielles restrictives aux agences gouvernementales azerbaïdjanaises pour interdire leur fourniture avec des équipements et des logiciels qui leur permettent de violer et de restreindre les droits des internautes.
L’ILSR demande instamment à l’UNESCO de retirer le statut d’ambassadrice de bonne volonté de la première dame et première vice-présidente de l’Azerbaïdjan Mehriban Aliyeva, qui porte la responsabilité politique des attaques contre ses détracteurs.
L’ILSR appelle les gouvernements des pays occidentaux attachés à la démocratie et à la protection des droits de l’homme à commencer à appliquer des sanctions individuelles interdisant l’entrée sur leur territoire aux fonctionnaires corrompus azerbaïdjanais impliqués dans la répression et effectuer la saisie de leurs avoirs étrangers.
L’ILSR appelle les autorités azerbaïdjanaises à abandonner la politique d’oppression des critiques dans l’environnement en ligne et à respecter les droits humains fondamentaux. L’ILSR exhorte les autorités à libérer immédiatement et sans condition toutes les victimes de la répression de la liberté d’expression, notamment Aziz Orujov, Mehman Husseynov, Afgan Mukhtarli, Seymour Hazi, Nijat Aliyev, Araz Guliyev, Javid Shiraliyev, Ziya Asadli et Arshad Ibrahimov, les blogueurs Rashad Ramazanov et Ilkin Rustemzade, l’écrivain Saday Shakarli, le poète Tofig Hasanov, les militants graffeurs Bayram Mammadov et Giyas Ibrahimov, ainsi que Emin Sagiyev, qui est devenu un otage involontaire des circonstances.
L’ILSR appelle également les autorités à reconsidérer les condamnations sévères et injustifiées prononcées contre les politiciens de l’opposition Fuad Gahramanli et Movsum Samadov. Ces derniers ont été condamnés à de longues peines d’emprisonnement pour leurs appels politiques diffusés sur Facebook et Youtube qui ne comportent absolument aucun élément de langage criminel ni d’appels à la violence, l’extrémisme ou aux émeutes.
DÉCLARATION ILSR / 21 décembre 2017

Azerbaijan’s Media Strangled Whilst Last Nail Driven Into Coffin Of Internet Freedom

The Institute for Reporters’ Freedom and Safety (IRFS) condemns the Azerbaijani authorities for politically motivated judgments handed down to leading Azerbaijani online critics, popular anti-corruption blogger Mehman Huseynov and head of Kanal13 internet television Aziz Orujov. The organisation demands their immediate and unconditional release.

On 15 December, a court in Baku sentenced Aziz Orujov, detained since 2 May, to a six-year imprisonment on politically-motivated charges of power abuse.   On the same day, the Court of Appeal upheld the verdict against IRFS Board Chairman and anti-corruption blogger Mehman Huseynov, who was sentenced by the court of first instance to 2 years in prison on defamation charges on 3 March 2017.

“Demonstrative sentences handed down by courts to the two most eminent representatives of the critical online community on the same day point to the authorities’ intention to step up pressure on the internet environment, especially in the run-up to the 2018 presidential election,” IRFS CEO Emin Huseynov said.

“Having completely destroyed independent television and radio broadcasting and independent print media in previous years, in 2017, the Azerbaijani authorities decided to eliminate dissent on the internet, because it is there that the handful of independent media and critical internet users both inside and outside of the country continue to stand up for their rights to freedom of expression in spite of the progressively intensifying repression. The incarceration of Mehman Huseynov and Aziz Orujov serve not only the goal of weakening the activity of the Sancaq Production platform on Facebook and Instagram and of Kanal13, a successfully developing channel on Youtube, but also intimidating the multi-million audience of Azerbaijani internet users,” Huseynov concluded.

IRFS is alarmed by the first instances of a complete shutdown of both mobile and wired internet services to prevent livestream of the​​ opposition rallies held on 7 and 28 October . Cases of deliberate slowdown of the internet speed throughout Azerbaijan have also increased over the last three months. The concurrence between the deterioration in the quality of internet access and the increased activity of leading opposition forces has been particularly obvious. Along with the new and old methods of blocking the network, the authorities have continued incarcerating the moderators of popular Facebook pages and Youtube channels, as in the case of the administrative arrest of online opposition activist Namig Sadigli, who was detained earlier this month.

In cases where the authorities are unable to persecute online critics living in exile, they target their close relatives, as in the case of Emin Sagiyev, who was arrested on a fabricated charge of drug dealing. Sagiyev is the brother-in-law of journalist Turkel Alisoy, who is popular in the Azerbaijani segment of Youtube.

According to IRFS’ observations, the scope of attacks on critical voices has expanded not only within the country but also beyond its borders. Specifically, blogger Mehman Galandarov, who was arrested in February 2017, died in prison under murky circumstances in April.

Since the beginning of the year, the authorities in Azerbaijan have implemented a score of online censorship measures:

  • Websites of both local and international independent media outlets have been subjected to extrajudicial blocking;
  • Dozens of online media workers living in Azerbaijan or in forced exile have faced politically motivated and unfounded legal persecution;
  • New cases of seizure of offices accompanied with confiscation of filming and storing equipment and suspension of the bank accounts of agencies producing independent news recorded;
  • DDoS attacks on independent news websites and hacking of the accounts of popular critics of the regime intensified;
  • Ad-hoc blocking of the popular online instant messengers supporting end-to-end encryption;
  • Substantial legislative amendments tightening online censorship have been introduced,
  • Mass surveillance of users and online environment continued and in fact, significantly expanded in parallel to the improvements in the technical infrastructure;
  • In a groundbreaking move, authorities have embarked on utilisation of artificial intelligence to sow fear and paranoia among the politically active users. As such, the army of hired trolls have engaged in spreading disinformation, fake news and pro-government propaganda, and the number of anonymous and open threats against critics via the online environment has increased

IRFS observes with dismay that, against the backdrop of attacks by the corrupt authoritarian regime on freedom of expression on the internet, the global ICT giants such as Microsoft Google and Facebook are investing in the IT infrastructure of Azerbaijan, placing their regional servers in the country and setting up these servers on the basis of the data centers whose ultimate beneficiaries are high-level corrupt officials or their close relatives.

Starting joint business in the country, where both backbone providers, all three mobile operators and the largest data centers belong to the relatives and close friends of the President of Azerbaijan, the world’s ICT giants not only indirectly contribute to the illegal enrichment of the corrupt officials that systematically violate fundamental human rights, but also infringe both international anti-corruption agreements and the legislation of the leading Western countries where their own headquarters are located.

In view of the ongoing suppression of digital freedoms in Azerbaijan, IRFS calls on private investors to reconsider their plans to build presence in the ICT industry of Azerbaijan. As the first step, the organisation calls on them to refrain from the placement of their servers on the territory of the country.

IRFS encourages international financial institutions to take a similar approach and to not provide financial support for ICT projects related in any way to the ruling elite of Azerbaijan.

IRFS calls on all member states of the UN, the OSCE and the Council of Europe committed to protection of digital freedoms to exert maximum pressure on the authorities and demand that they put an end to the repression against critical voices. IRFS further calls for imposing restrictive sectoral sanctions on the Azerbaijani government agencies to prohibit their provision with equipment and software that allow them to violate and restrict the rights of internet users.

IRFS urges UNESCO to withdraw the status of a goodwill ambassador from the Fist Lady and  First Vice President of Azerbaijan Mehriban Aliyeva, who bears political responsibility for attacks on her critics.

IRFS calls on the governments of Western countries committed to democracy and protection of human rights to start applying individual sanctions that prohibit entry into their territories for and the seizure of foreign assets of the Azerbaijani corrupt officials implicated in repression.

IRFS calls on the Azerbaijani authorities to abandon the policy of oppressing critics in the online environment and respect fundamental human rights. IRFS urges the authorities to immediately and unconditionally release all illegally convicted victims of the crackdown on freedom of speech, including journalists Aziz Orujov, Mehman Huseynov, Afgan Mukhtarli, Seymur Hazi, Nijat Aliyev, Araz Guliyev, Fikrat Ibishbeyli, Afgan Sadiqov, Javid Shiraliyev, Ziya Asadli, Elchin Ismailli and Arshad Ibrahimov, bloggers Rashad Ramazanov and Ilkin Rustemzade, writer Saday Shakarli, poet Tofig Hasanov, graffiti activists Bayram Mammadov and Giyas Ibrahimov, and also Emin Sagiyev, who has become an involuntary hostage of circumstances.

IRFS also calls on the authorities to reconsider the severe and unfounded sentences passed against opposition politicians Fuad Gahramanli and Movsum Samadov, who have actually been sentenced to long prison terms for their political appeals disseminated on Facebook and Youtube and lacked any criminal elements whether extremism or calls for violence and riots.